mardi 17 février 2026

 Un cas d'antropochorie


Laissez-moi vous conter une découverte botanique étonnante. Les faits se déroulent le 23 juin 2023, à Durnal (Yvoir) (B), rue de Mianoye, à quelques pas de la porte d'entrée de mon habitation.


Ce jour-là, mon attention se porte sur quelques touffes de feuilles découpées et paraissant composées, situées dans une bande herbeuse assez banale et régulièrement tondue, comprise entre une haute haie de Faux-cyprès de Lawson (Chamaecyparis lawsoniana) et un terre-plein recouvert de gravier où se parquent habituellement des véhicules.




De prime abord, je soupçonne la présence d'une Apiacée inhabituelle dans ce genre d'endroit. Intrigué, je prélève une feuille entière pour l'examiner attentivement et, surprise, je l'identifie comme celle d'un Silaüs des prés (Silaum silaus), plante qui ne m'est pas inconnue !
Rapidement, je fais des démarches pour que l'on ne tonde pas la partie concernée, en vain. En juin 2024 et 2025, des feuilles basilaires apparaissent de nouveau et, cette fois, j'arrive à éviter les tontes, en délimitant la zone. De juillet à septembre de ces années, quatre plantes fleuriront et donneront des, akènes !




Comment ces plantes se sont-elles installées dans un milieu aussi perturbé par l'intervention répétée des humains ? Personnellement, je n'ai jamais observé l'espèce dans cette partie du Condroz namurois.
D'après la " Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines " (2024), le Silaüs des prés est considéré comme assez commun à assez rare principalement dans les districts phytogéographiques mosan méridional et lorrain. De plus, cette Apiacée, plutôt calciphile, se rencontre dans des prairies humides, sur des sols compacts (marnes, alluvions, schistes).


                                               Prairies humides à Silaum silaus
  

A bien y réfléchir, ne serais-je pas l'auteur de cette introduction involontaire ?
En effet, en revenant d'excursions, j'avais l'habitude de me débarasser à cet endroit de toutes sortes d'éléments végétaux qui s'étaient accrochés à mes bottines et chaussettes. L'être humain est non seulement une espèce prolifique sur terre, mais, en plus, une espèce dont les déplacements sont nombreux et sur de longues distances ! Ainsi, dans la boue des semelles de ses chaussures et sur ses vêtements, il transporte de manière non intentionnelle des petits fruits secs et des graines de divers végétaux, dont il assure la dispersion. C'est de l'anthropochorie ! On regroupe sous ce terme - qui s'intègre dans celui, plus général de zoochorie - toute forme de dispersion de diaspores par les humains que ce soit de manière intentionnelle ou non, directe ou indirecte.

Le Silaüs des prés est une Apiacée plutôt calciphile, glabre, de 20 à 100 cm de hauteur, fleurissant de juin à août et croissant de préférence sur des substrats à humidité variable contenent du calcaire.
Sa tige, pleine, est striée et feuillée surtout à la base.




Les feuilles inférieures de forme largement triangulaire sont 2 à 4 fois divisées-pennées.





Les derniers segments sont linéaires à lancéolés, aux mucrons souvent rougeâtres.





Les fleurs sont sont jaunes à jaune verdâtre et l'involucre de l'ombelle est absent ou réduit.




Les fruits ovoïdes sont pourvus de côtes très marquées.







Ces dernières années, j'ai visité plusieurs sites où l'espèce est présente: Roly (Les Onoyes), Doische (Haie Gabaux), Doische (Le Baquet), Romerée, Focant - Lavaux-Sainte-Anne (Comogne), Houyet (prairies et pelouses shisteuses de Happe Tortia), Philippeville (Vallée de l'Hermeton), Erezée (Au Rond Chêne et Vallon du Biron). Ces graines importées viennent probablement d'un de ces lieux.










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