samedi 26 décembre 2020

Des pyroles à Spontin et dans la vallée du Bocq à Evrehailles/Crupet (B) !


Le 20 juin 2020, je découvrais une magnifique station de Pyroles à feuilles rondes (Pyrola rotundifolia) aux pieds de bouleaux, sur le site de " La Rochette ", à Spontin (B). Cet endroit est une ancienne grande carrière de grès de la vallée du Bocq présentant un intérêt biologique indéniable que j'affectionne particulièrement.


C'est au niveau 2 de la carrière, plus humide et terreux à certains endroits (non loin d'une petite zone humide temporaire) que je fis la découverte. De prime abord, les plantes en fleurs étaient cachées au regard par un peuplement de Calamagrostis communes (Calamagrostis epigejos), Poacées pouvant parfois être très envahissantes. A l'arrière de celui-ci, un groupement pionnier de bouleaux cachait la station.


Cette pyrole, aux corolles ouvertes et campanulées blanches, parfois rosées, montre un style sinueux courbé vers le bas et plus long que l'ovaire.

 
C'est une plante vivace, dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du sol, à rhizome, présentant une rosette de feuilles basilaires souvent persistantes en hiver.


La Pyrole à feuilles rondes est une espèce d'ombre ou de demi-ombre des fourrés, des bosquets, notamment des hêtraies-chênaies dégradées et, dans les carrières, elle aime les boisements pionniers, sur des sols plus ou moins riches en base (pH basique à acide). Elle fleurit de juin à octobre.



Le deuxième pyrole observée cette fois en contrebas de l'ancienne voie de chemin de fer (Ligne SNCB n°128), dans la vallée du Bocq, à la limite des communes d'Yvoir (Bauche) et d'Assesse (Crupet),  a été vue d'abord en juin 2019, puis le 29 avril 2020. Il s'agit, cette fois,  d'une station de Petites pyroles (Pyrola minor) qui se développaient à l'ombre d'un sous-bois feuillus sur sol humide.

Jeunes feuilles de Pyrola minor en avril 2020





Chez cette espèce, les fleurs blanc rosé, peu ouvertes et globuleuses, montrent un style droit, plus court que la corolle (photo: Pascale Hindricq).



Le style droit et court à la fin de la floraison (photo: Pascale Hindricq)


La Petite pyrole est une espèce de demi-ombre, des forêts, bosquets et lisières forestières sur sols généralement acides et filtrants (sols pauvres en bases et en élément nutritifs - ph acide).  On la trouve aussi dans les zones de recolonisation forestière des carrières. Elle fleurit de juin à août (photo: Pascale Hindricq).




A l'état végétatif, il n'est pas toujours évident de reconnaître ces pyroles l'une de l'autre. La forme des feuilles ressemblent à celles des poiriers, d'où le nom des pyroles ou "piroles", diminutif du latin "pyrus", poirier, d'après François Couplan ( "Dictionnaire étymologique de botanique", 2000).

Feuilles basilaires de la Petite Pyrole.



Pour terminer, voici les deux plantes en fruits, avec le style persistant:

Fruits avec styles persistants de la Pyrole à feuilles rondes


Fruits avec styles persistants de la Petite pyrole





Les Pyroles font partie de la Famille des Ericacées (anciennement Pyrolacées). En Belgique, ce sont ces deux pyroles que l'on a le plus de chance de rencontrer, bien qu'elles soient tout-de-même assez rares.

Texte et photos dont l'auteur n'est pas indiqué: François Hela
Merci à Pascale Hindricq qui a découvert la station de Pyrola minor dans la vallée du Bocq, en 2019.

Ouvrages consultés:

Lambinon J. et Verloove F.: " Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines (Ptéridophytes et Spermatophytes) " Ed. du Jardin botanique national de Belgique " - Sixième édition B-1860 Meise, 2012

Lauber K. et Wagner G.: " Flora Helvetica " Ed. Belin, Berne 2000

Rameau J.C., Mansion D. et Dumé G.: " Flore forestière française - guide écologique illustré " - 1. Plaine et collines (1989)  - 2. Montagnes (1993) - Institut pour le développement forestier (F)







 

 




 





 



jeudi 24 décembre 2020

Abondance de Petits Nacrés (Issoria lathonia) en 2020 !


A Durnal (B), sur un chemin caillouteux bien exposé, des Petits Nacrés (Issoria lathonia) se chauffent au soleil d'octobre!


Si je le rencontre chaque année, ce superbe papillon me semblait plus abondant en 2020. Je l'ai vu régulièrement dés la mi-juin et, cela jusqu'au 9 novembre, date la plus tardive parmi mes nombreuses observations. Ce jour-là, il butinait les fleurs jaunes de Moutardes blanches (Sinapis alba), Brassicacées cultivées parfois en grand, notamment comme engrais vert. Fin de la belle saison, si je le voyais le plus souvent sur le sol nu, caillouteux ou non, il se perchait volontiers sur des éteules ou appréciait les fleurs du Trèfle des prés (Trifolium pratense), de la Luzerne (Medicago sativa), du Cirse des champs (Cirsium arvense), des Ronces (Rubus spec.), ... 





Ce papillon s'observait aussi sur le versant chaud  des collines, sur les talus bien exposés et en lisières forestières riches en fleurs. Le voici sur les fleurs d'une Eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) !



Le Petit Nacré fait partie de la Famille des Nymphalidés, du groupe des Nacrés dont le caractère dominant est la coloration argentée aux reflets nacrés de certaines parties de l'envers des ailes postérieures. On trouve sa chenille d'avril à octobre sur des violettes ou des pensées sauvages (notamment Viola hirta et Viola tricolor d'après certains auteurs). Les oeufs sont pondus sur la face inférieure de ces plantes. A ce propos, les Pensées des champs (Viola arvensis) étaient toujours présentes là où le papillon était observé.

Pensée des champs (Viola arvensis), espèce des champs et des cultures assez commune.

 


Violette hérissée (Viola hirta), une des plantes sur laquelle on peut trouver les oeufs ou la chenille, que l'on trouve surtout sur des sols calcaires, dans les bois, les haies et les pelouses sèches.





Dans les régions de plaine, il semble qu'il y aurait deux, (voire trois) générations par année, en Suisse par exemple, (espèce bivoltine ou trivoltine), d'après l'ouvrage "Les Papillons de jour et leurs biotopes" - Groupe de travail des lépidopéristes - Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1987. Toujours d'après ce collectif, le Petit Nacré ferait partie du groupe des migrateurs partiels à l'intérieur de leur aire de distribution. En Belgique, qu'en est-il pour cette espèce ? La question reste ouverte ! D'après P. Hindricq (2020) il ferait partie des "migrateurs douteux", c'est-à-dire des papillons errant régulièrement ou occasionnellement, en provenance des zones proches de nos frontières et parfois de l'Europe centrale. La colonisation de notre pays est largement liée aux circonstances climatiques.




L'espèce qui avait connu une certaine régression, semble donc plus présente actuellement. Les étés chauds de ces dernières années pourraient être favorable à l'espèce.

Photos et texte: François Hela

Ouvrages consultés:

Bellmann H.: " Quel est donc ce papillon ? " Ed. Nathan, Paris, 2006

Claerebout St.: " Clé de détermination photographique des papillons de jour de Belgique " Ed. Cercles des Naturalistes de Belgique a.s.b.l. - Troisième édition, 2014

Groupe de travail des Lépidoptéristes (nombreux auteurs): " Les papillons de jour et leurs biotopes " Ed. Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1987

Hindricq P.: " Que deviennent nos papillons de jour durant les mois d'hiver ? ", in Revue CLIN d'OEIL - Nature N°23, Juillet 2020 - Natagora Entre-Sambre-et-Meuse

Novàk I., Severa Fr. (Luquet G. pour l'adaptation française): " Papillons d'Europe " Ed. Bordas  (multiguide nature), Paris, 1983




mercredi 23 décembre 2020

Les plantes compagnes des moissons ou du bord de chemins: de petite merveilles à découvrir !

Sur les plateaux où se mélangent prairies et cultures, on a souvent l'impression que la flore est très pauvre. Cependant, en cherchant bien sur les bords de chemins, dans les fossés, sur des talus ou dans les éteules de certaines cultures après moissons, on découvre encore de petites plantes qui sont malheureusement en régression en Wallonie (B). En dépit de tout l'acharnement apporté à maintenir exemptes de "mauvaises herbes" les cultures, celles-ci sont très souvent envahies par des espèces qui constituent même des groupements souvent caractéristiques. Tels sont par exemple les plantes messicoles, c'est-à-dire "compagne des moissons". Ainsi, dans un champ, certaines de ces plantes se développent avant la montée de la céréale, d'autres sont contemporaines de la moisson, celles-ci repoussent après cette activité et d'autres enfin ont plusieurs générations le long de l'année.


Voici quelques merveilles devenues assez rares à rares découvertes en 2020 dans les campagnes de Durnal (B) !

Le Muflier des champs (Misopates orontium), superbe Plantaginacée (anciennement Scrophulariacée), des moissons, des cultures, des friches, de préférence sur des sols non calcaires.



L'Epiaire des champs (Stachys arvensis), Lamiacée des cultures, généralement sur des sols sablonneux ou argileux.



La Spargoute des champs (Spergula arvensis), Caryophyllacée des moissons, cultures, sur des sol siliceux.


La Shérardie (Sherardia arvensis), Rubiacée des cultures, surtout sur des sols limoneux et bords de chemins. C'est un espèce croissant de préférence sur un substrat contenant du calcaire.



Le Lamier amplexicaule (Lamium amplexicaule), Lamiacée des cultures, surtout sur des limons et des argiles, mais aussi des bords de chemins et des vieux murs.


L'Euphorbe exiguë (Euphorbia exigue), espèce des moissons, des cultures et du bord de chemins, le plus souvent sur des sols riches en calcaire.


Le Pensée sauvage (Viola tricolor), espèces des moissons, des friches et du bord de chemins.


 

La Linaire élatine (Kickxia elatine), Plantaginacée (anciennement Scrophulariacée) des cultures, des friches, surtout sur des sols argileux ou marneux.






Comme Pierre Lieutaghi ("La plante compagne", 1998), je revendique l'appartenance à un courant naturaliste où la plante n'est jamais oubliée en tant qu'être vivant digne d'attention pour lui-même !
 
Photos et Texte: François Hela

Ouvrages consultés:

Bournérias M. et Bock Chr.: " Le génie des végétaux, des conquérants fragiles " Ed. Belin, Paris, 2006

Correyon H. " Champs et bois fleuris " Ed. Delachaux et Niestlé, Neuchâtel (Suisse), 1965

Jauzein Ph. " Flore des champs cultivés " Ed. INRA, Paris, 1995

Lambinon J. et Verloove F.: " Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines (Ptéridophytes et Spermatophytes) " Sixième édition du Jardin botanique national de Belgique, B-1860 Meise, 2012

Legast M., Mahy Gr. et Bodson B.: " Les messicoles fleurs des moissons " Ed. Ministère de la Région wallonne / Direction générale de l'Agriculture - AGRINATURE Collection n°1, Namur, 2008

Raynal-Roques A.: " La botanique redécouverte ", Ed. Belin, Paris, 1994

Rohrer N. (traduction française Chappuis J.-B.): " Coquelicots et bleuets, cendrillons de nos campagnes ", in revue " Protection de la nature ", numéro spécial 1/1982, Ligue Suisse pour la Protection de la Nature (LSPN)


 Un cas d'antropochorie Laissez-moi vous conter une découverte botanique étonnante. Les faits se déroulent le 23 juin 2023, à Durnal (Yv...